Samedi 12 juillet dernier, même pour les amateurs de la coupe du monde de football et de l’avis même des commentateurs, il n’y eut pas de match. Triste spectacle d’une équipe ruinée par une sévère défaite quelques jours auparavant, humiliée dans son propre pays et d’autant plus blessée que, quelques semaines auparavant, tout un peuple de supporters enthousiastes et convaincus de la future victoire était derrière elle.
Or, c’est bien la foi qui avait porté jusque là une équipe qui n’a pas impressionné les aficionados par son brio technique ; une foi qui lui a permis d’arracher victoire après victoire, une foi qui l’a littéralement portée en permettant aux joueurs de manifester une énergie hors du commun. Leur foi et celle de leur public dans le chaudron des stades brésiliens.
Comme les arcanes du football me sont à peu près étrangères, je ne puis guère m’empêcher de faire le parallèle avec nos entreprises. Bien peu d’entre nous peuvent se targuer d’être les meilleurs au monde techniquement ; nous savons bien en revanche combien sont importants, l’envie, l’énergie et même la foi des collaborateurs de l’entreprise mais aussi le soutien de son public, les clients, les associés, toutes les parties prenantes. C’est grâce à cela que nous pouvons surmonter les difficultés ou absorber les surcroîts d’activité ; grâce à cela que nous passons les moments de doute, quand une ligne claire fait défaut parce que celle que nous avons établie n’est plus d’actualité, que les équipes s’ajustent à la situation, à l’imprévu et au changement permanent de l’environnement.
Mais il peut arriver, dans nos entreprises comme sur les pelouses des stades de football, qu’une sévère défaite vienne arrêter un temps cet élan. Un gros appel d’offres perdu ; la défaillance d’un important client ; un conflit important dans la société, une sorte de tsunami à l’échelle de nos organisations qui brise la dynamique et laisse chacun un peu hébété. Ce peut être aussi l’usure, la fatigue, la lassitude qui fait que la vague qui nous a portés ne se brise pas soudain contre quelque récif, mais meurt peu à peu…
Dans ce temps de l’arrêt de l’élan, comme ce fut peut-être le cas pour les footballeurs brésiliens, comment éviter que l’échec ne s’ajoute à l’échec ? Comment faire pour que le souvenir tout frais d’une déconvenue ne vienne enclencher une spirale de la défaite où les volontés ne s’exercent plus que du bout des doigts, du bout des lèvres.
Christophe André, dans son ouvrage (*) sur l’estime de soi, explique qu’une haute estime de soi peut être un facteur de vulnérabilité, parce que haute ne veut pas dire solide et que, d’une certaine façon, plus dure sera la chute.
Ce qui était alors notre force, notre capital confiance, accumulé au fil des succès de l’entreprise, devient alors notre faiblesse, une sorte de capital « noir », un capital de défiance ou plutôt une dette de confiance qui plombe notre activité.
Je ne me permettrais pas de dire que je sais ce qu’il faut faire, ni pour nos entreprises, ni pour les équipes sportives. Qu’il me suffise de faire remarquer que, dans un cas comme dans l’autre, que nous soyons portés par la vague du succès ou anéantis par une déferlante d’échec, nous nous reposons sur le passé plutôt que de faire face à la situation présente, dans toute sa singularité. Que c’est sans doute un entraînement qui permet de mieux faire face aux retournements de conjoncture, que d’être en permanence ancré dans le présent, sans considérer qu’il est une copie conforme d’une situation passée, que d’être en permanence en conscience que chaque jour est un jour nouveau où tout est à réinventer et à reconstruire.
(*) Christophe André & François Lelord (2008). L’estime de soi, S’aimer pour mieux vivre avec les autres. Paris : Odile Jacob
Article paru sur le site jeune-dirigeant.fr.