La véritable inspiration suppose du souffle. Ce n’est souvent que du vent. – Gilbert Keith Chesterton
Depuis la bonne trentaine d’années que j’observe la vie politique française, je remarque que l’érosion de la popularité des politiques est de plus en plus rapide; mais aussi que cette érosion les touche lorsqu’ils sont en activité et les épargne lorsqu’ils ne le sont plus.
En 1981, François Mitterrand met 5 ans à perdre tout crédit dans l’opinion, mais le retrait que lui impose la première cohabitation lui permet d’être réélu, avant de faire le même plongeon 5 ans plus tard. Jacques Chirac, au bout de 2 ans seulement et une dissolution hasardeuse, se voit lui aussi contraint à une nouvelle cohabitation. Nicolas Sarkozy à son tour va affronter l’impopularité très vite, vers les un an, et c’est à peine si nous pouvons parler d’état de grâce pour François Hollande.
J’ai sur le sujet une explication simple: plus on fait de promesses, plus vite l’opinion s’aperçoit qu’elles ne vont pas être tenues. Ou, dit autrement, plus un candidat dit qu’il va agir, plus vite l’opinion voit que l’élu n’agit pas.
Bien entendu, les promesses d’action servent à se faire élire; avant de taxer les politiques de cynisme, posons-nous la question de savoir si nous voterions pour un candidat qui ne ferait pas de promesses… C’est pourquoi je crois que les politiques sont enfermés dans un dilemme: ne pas promettre, c’est ne pas être élu; promettre, c’est mécaniquement s’exposer à ne pas tenir ses promesses.
J’irai même plus loin: Les politiques ne peuvent tenir leurs promesses parce qu’ils sont incapables d’agir et ce, pour deux raisons: Premièrement, la plupart du temps, ils ne sont pas aux endroits de l’action. Par exemple, celui qui crée des emplois est celui qui embauche, pas le politique. Deuxièmement, le politique est représentant de ses électeurs, quand l’homme d’action a besoin de liberté de décision, liberté de mouvement.
Mais alors: à quoi sert un politique, s’il n’agit pas?
Je crois qu’un grand politique n’agit pas, mais qu’il inspire l’action.
N’attendons pas de nos politiques qu’ils agissent à notre place; demandons-leur moins de vent et plus de souffle pour les institutions à la tête desquelles ils se présentent.
D’accord Laurent mais comment peut-on avoir du souffle si l’histoire ne vous
donne pas l’occasion d’avoir du souffle ? Tout le monde ne peut pas rejoindre
l’Angleterre en juin 40 !
Je crois qu’il y a dans ton propos une sous-estimation du rôle du "politique".
Certes on sait qu’il est coincé entre les puissances d’argent, les institutions
supra nationales, les contradictions et les conservatismes de ses électeurs
(c’est à dire moi-toi)mais l’homme politique créé les conditions favorables aux
hommes d’affaires. Les politiques sont des hommes d’action et ont presque
autant de liberté que l’homme d’affaires qui est tributaire de ses clients, de
son marché, de son équipe. Nous sommes certes dans un monde médiatique qui est
impitoyable avec les hommes politiques qui les caricature qui les méprise en en
faisant des saltimbanques.
C’est vrai qu’entre une promesse et sa réalisation concrète il y a souvent un
écart à cause du temps de réflexion et des inévitables compromis qu’il faut
faire dans une démocratie. Néanmoins je trouve ton propos réducteur dans une
période ou au contraire on a besoin de plus de politique. Les promesses ne sont
pas des leurres pour attrape-électeurs. Ce sont des tentatives pour synthétiser
nos aspirations contradictoires et après il faut lutter pour les adapter et
évidemment on est toujours déçu. Mais moi, je vois partout des hommes
politiques qui agissent et qui adaptent au terrain mouvant et fluctuant leurs
promesses. Je vois une grande majorité d’hommes honorables et convaincus qu’ils
ont un métier noble mais extrêmement difficile.
Je peux t’assurer aussi qu’ayant vécu dans le milieu des affaires, je suis loin
d’avoir trouvé autant de dignité dans ce monde où la tâche est certes valorisée
de nos jours mais où (presque) tous les coups sont permis. Je rêve d’un temps
où on ne surestimerait pas les chefs d’entreprises et ne sous-estimerait pas
les politiques.
Nous ne sommes pas loin d’être d’accord, cependant, je fais un distinguo
très net entre: "nous allons inverser la courbe du chômage" et "nous allons
mettre en oeuvre les conditions de l’inversion de la courbe du chômage".
Certes, dans le deuxième cas, impossible de s’attribuer seul le mérite d’un
éventuel succès.
Mon propos n’était d’ailleurs pas de comparer les politiques avec d’autres
classes de personnes, tu as projeté cela sur mon propos qui ne dit rien de ce
dont tu m’accuses, comme l’a dit notre ex-premier ministre, la responsabilité
est collective et j’en ai aussi ma part.
J’entends bien. Oui te connaissant, je suis sûr que tu ne souhaitais pas
opposer les deux classes mais ton propos est pour le moins ambigüe. Dire qu’ils
"sont incapables d’agir" et "mais à quoi sert un politique s’il n’agit pas ?".
Tu finis certes sur une touche positive en disant qu’ils inspirent l’action
mais ne penses-tu pas renforcer tes lecteurs dans leur conviction que
décidément ils ne servent pas à grand chose ?
Oui ton appel à la responsabilité collective est essentiel mais pourquoi
appuyer ta démonstration sur une présentation pour le moins minimaliste du rôle
politique ? Je regrette cette présentation trop "dans l’air du temps". Mon
propos était de valoriser leur rôle en soulignant la spécificité du "politique"
Amicalement. JM
C’est qu’il n’y a pas que l’action dans la vie! Ne pas agir ne signifie pasnêtre inutile; en creux de mon propos, il y a probablement mon regret sur cettenépoque, toute entière dans l’activisme; ce qui, par exemple, conduit lesnpolitiques à produire des myriades de lois et décrets, à être dans lenquantitatif (comme la plupart de leurs contemporains)… Même le nouveaunPremier Ministre, sans polémique sur sa personne, est taxé de n’avoir rien faitnparce qu’il n’a pas lancé de "grande" réforme. Il me semble que, pour un élu,nhabiter la fonction est déjà une chose importante.