Fin des années 80, ayant été personnellement confronté à des drames dans mon entourage immédiat, je me souviens qu’il y avait à peu près autant de suicides que de morts sur la route, soit environ 12000. À l’époque, déjà, le deuxième chiffre était public et le premier discret, pour ne pas dire tabou.
Entre-temps, les accidents de la route ont été déclarés « cause nationale »; des moyens de lutte, souvent contestés, ont néanmoins permis de diviser le nombre de morts par 3. Certains arguent que ce sont d’autres raisons que les radars et la répression qui ont permis ce progrès; peu nous importe: je crois d’abord que le battage médiatique et le souci annoncé ont contribué à une prise de conscience collective.
Le nombre de suicides a baissé un peu – autour de 10000 par an – mais pas dans les mêmes proportions. Par ailleurs, la France est l’un des pays les plus pessimistes au monde, devant des pays pourtant peu favorisés par le sort dans ce triste classement. Il est difficile de ne pas voir une corrélation entre un moral en berne et des conséquences tragiques qui sont elles-même l’objet du déni.
Que ne déclare-t-on pas, pour sauver des vies mais aussi pour redonner de l’élan à notre pays, la joie de vivre cause nationale?