Dans la série, le sport école de la vie, j’ai retenu de la lecture d’un livre sur le golf la leçon suivante: il faut de grands rêves, une stratégie modeste et une exécution hardie (*).
De grands rêves, tels le désir d’accéder aux premières places d’un championnat (plutôt senior pour moi!)
Sur le terrain, une stratégie modeste et ne pas vouloir, par exemple, passer absolument par dessus le lac pour gagner un coup: certes, vous en êtes capables mais dans vos meilleurs coups seulement
Fort de la confiance acquise grâce aux objectifs réalistes et modestes, faire un geste sans appréhension; au contraire vouloir trop bien faire crée de l’inquiétude et une retenue dans le mouvement qui fait aller la balle dans l’eau.
Au delà du conseil dans le strict cadre du golf et même au delà du conseil sportif, j’y vois les conditions de la réussite de l’action quelle qu’elle soit, conditions qui s’imbriquent les unes dans les autres comme trois poupées gigognes.
Fidèle à mes marottes, je fais un parallèle avec les vertus:
De grands rêves, qui sont les horizons de l’action, l’espace et l’amplitude donnés à notre vie: la foi
Une stratégie modeste, qui sont les étapes de notre cheminement et les endroits que nous espérons atteindre chaque jour avant la nuit: l’espérance
Une exécution hardie, ou l’action, le chemin parcouru, le travail enfin selon le domaine d’application examiné.
Je ne me retiendrai pas de signaler que, l’amour du prochain étant l’action chrétienne par excellence, la vertu correspondante est la charité: foi, espérance et charité, ou les trois vertus théologales qui façonnent l’univers de notre action.
J’en viens à l’objet de ce billet qui est que notre société se donne un cadre, trop souvent, à rebours de ces conseils et que nous avons des stratégies trop ambitieuses dans des rêves trop étroits, d’où une action incertaine et fébrile, une action ratée. Car enfin, que sont nos rêves bien souvent: une maison, une voiture, « réussir dans la vie », aller jusqu’à la retraite? Pardon pour les agnostiques, mais obtenir le salut de son âme a une autre gueule! Nous n’avons plus de rêves et notre attention est portée uniquement sur les minimas sociaux, préoccupation certes importante mais non suffisante car c’est envisager la charité sans la foi et l’espérance. Il ne faut pas chercher beaucoup plus loin la cause des atermoiements et impossibles discussions sur le trou de la sécu, la France pays d’accueil et son inimitable modèle social: nous voyons bien que, trop souvent, la balle tombe dans l’eau. L’action peine à atteindre les impossibles objectifs faute de moyens et nous sommes dans une politique sans horizon, c’est-à-dire sans foi.
La marche en avant de la laïcité est devenue une marche en avant de l’agnosticisme, non pas seulement la négation de l’existence de Dieu, mais un véritable désenchantement du monde. Quand la laïcité devrait être l’espace de libre épanouissement de la foi, elle devient une chape de plomb et s’effraie de toute manifestation cultuelle au point de permettre qu’on traite un acte de prière d’occupation. Ce n’est plus la laïcité qui œuvre désormais mais une forme de mécanisation qui équarrit la pensée et l’empêche de rêver
Car – et tous pourront être d’accord, quelles que soient leurs convictions métaphysiques – pour faire de grands rêves, il faut d’abord rêver.
(*) « Jouer au golf sans viser la perfection » par Bob Rotella et Bob Cullen