Vu le film « Le discours d’un Roi », l’histoire du roi bègue Georges VI où il est expliqué comment, avec le précieux soutien d’un maître es élocution, il parvint à surmonter son handicap pour assumer pleinement sa fonction. Un film justement applaudi et reconnu par le public.
(ATTENTION: Cet article contient des indications sur le film et son dénouement)
Le film est d’abord l’histoire d’un homme qui ne veut pas du rôle qui lui échoit parce qu’il se croit incapable de l’assumer. Il le refuse d’autant plus que, en toute logique, ce rôle aurait du être tenu par son frère aîné. Mais son frère abdique pour vivre ses amours et se marier avec une femme divorcée, chose inconcevable pour le chef de l’Église anglicane.
Le plus formidable dans ce film est sans doute, en dépit des apparences, son universalité et la façon dont il s’adresse à chacun d’entre nous puisqu’il pose la question fondamentale de notre acceptation ou de notre refus, refus conscient ou inconscient, voire somatisé, face à notre destin et au rôle que celui-ci nous propose.
Dans ce sens, le couronnement du roi apparaît comme son accomplissement malgré les obstacles, grâce à l’aide d’un homme qui n’est pourtant ni un docteur car il n’a aucun titre, ni un homme reconnu par l’establishment, même pas un anglais mais qui devient son maître choisi; choisi par le roi lui-même, et non imposé par les conventions, donc son maître véritable, qui restera d’ailleurs son ami par la suite.
Dans ce face à face avec le destin, les différents personnages ont chacun leur posture : Le père – le roi Georges V – homme fort et dur, qui force le destin en posant des attelles d’acier à son fils pour redresser ses genoux, qui donne une éducation inflexible – inflexible comme les attelles d’acier – et ne comprend pas les faiblesses de ceux qui devront lui succéder ; il part cependant de ce monde dans la confusion, comme si sa rigidité ne lui avait pas permis d’être éclairé sur le monde.
Le frère ainé qui refuse le rôle et veut vivre sa vie librement ; il abdique. Le film ne nous dit rien sur son devenir même si, dans l’ultime plan où on l’aperçoit, il semble qu’un regret transparaisse dans son regard ; peut-être son abdication lui est devenue un poids plus lourd encore que les obligations du rôle qu’il a refusé…
Le futur roi enfin ; dans une scène très émouvante, il réalise que, en tant que roi, il n’aura aucun pouvoir – pas de promulgation de lois, pas de levées d’impôt, pas de déclaration de guerre, tous pouvoirs aux mains du parlement – sinon celui de parler (et même pas d’écrire ses discours) en tant que roi : or voilà que son infirmité le prive de la seule manifestation de son règne et de son état. Il veut – et il peut – assumer son destin mais quelque chose en lui s’y refuse et l’en empêche. Le film culmine lors de la répétition de la cérémonie du couronnement où le maître choisi va, presque par ruse, l’attirer dans son rôle, l’attirer sur cette place qui est la sienne, l’attirer sur le trône, en s’asseyant dessus, en s’y vautrant presque comme on s’assiérait dans son sofa et en provoquant ainsi l’ire du monarque et sa revendication d’appartenance. Alors et alors seulement, le maître se lève du trône et retrouve sa place face à son roi, l’appelant pour la première fois : « Votre majesté ».
Ainsi de chacun de nous, qui cherchons notre rôle en ce monde, et espérons qu’un ami bienveillant force notre consentement à prendre notre place pour qu’enfin le monde puisse nous voir tels que nous sommes véritablement.
So(b)right en tous points !