Vu hier soir à la télévision, un reportage scientifique sur les descendants des dinosaures, les mammifères; où l’on revient sur la fin des premiers et l’avènement du règne des seconds. Mais aussi une terrifiante métaphore pour notre monde moderne.

Pendant plus de 160 millions d’années règnent sur la planète les lézards terribles et leur hégémonie cloue au sol l’évolution de leurs concurrents parmi lesquels les modestes mammifères qui, à l’état de souris primitives, rampent dans la nuit et se terrent. La météorite va bouleverser tout cela; tout comme une autre météorite semble avoir permis, bien des millions d’années avant, aux dinosaures de s’imposer sur leurs concurrents d’alors, les crurotarsiens (ancêtres des crocodiliens).

La météorite, en dehors de ses effets immédiats de feu et de cataclysmes, a surtout restreint considérablement les ressources alimentaires de la planète en empêchant les végétaux de pousser par un nuage de centre entourant la planète: les dinosaures, par leur gigantisme, étaient d’énormes consommateurs, avaient des besoins considérables, lesquels ne purent plus du tout être satisfaits en ces temps de misère: fin de leur histoire. Au contraire, les modestes et petits mammifères – mais incomparablement plus grands en nombre – purent survivre non sans de grandes pertes et, après d’autres millions d’années, prendre le contrôle de la planète.

Le parallèle immédiat pourrait s’appliquer à nous, espèce humaine, qui dominons sans partage sur le globe; mais j’en vois un autre, à l’intérieur de l’humanité: un groupe restreint qui phagocyte l’essentiel des ressources du monde, impose sa loi de l’argent et, à bien des égards, empêche d’autres « espèces » d’accéder à l’épanouissement. Quelques météorites ont bien pu tomber sur leur planète financière, ils n’ont pas été affectés, exception faite de quelques « raptors » isolés; il n’empêche: ils sont d’énormes mastodontes aux besoins énormes car ces hommes ne vivent qu’au sein d’un système complexe fait de relations, d’organisations, de complicités qu’il faut alimenter et entretenir; leurs besoins journaliers s’appellent réunions, cocktails, déjeuners, coups de téléphones et voyages en avion privé et leur satisfaction consomme toutes leurs disponibilités. De sorte que, aussi brillants intellectuellement soient-ils, ils demeurent des êtres dont le cerveau est proportionnellement petit par rapport à leur corps.

Nous ne sommes plus au temps des dinosaures ou des crurotarsiens; l’évolution ne se compte plus en millions d’années et les météorites ne sont plus des accidents hautement improbables à l’échelle galactique; les crises se succèdent de plus qui font aussi de nombreuses victimes parmi les « petits »; nos dinosaures modernes les traversent apparemment sans dommage et, forts de leur apparente invulnérabilité, croissent en force et en poids mais aussi en dépendance et se rendent ainsi au contraire de plus en plus vulnérables à de futurs bouleversements.

La conclusion ne consiste pas à honnir les hommes de la planète financière: songerait-on à faire des reproches aux dinosaures? Il y a sans doute en œuvre une mécanique sociale qui nous dépasse tous. Elle donne simplement à voir l’inéluctable de la loi des cycles et alimente la réflexion de chacun sur la façon de tenir sa place dans le monde. Dans la simplicité ou non.