L’omniprésence de la respiration dans notre vie d’abord mais aussi dans notre vocabulaire et les métaphores jure avec le peu d’attention que, le plus souvent, nous lui portons.
La vie commence par cette première respiration qui fait crier le nouveau né et se termine par le dernier souffle. L’air est donc l’alpha et l’oméga de notre existence. Entre temps, notre vie oscille entre des épisodes traversés par un souffle épique et ces moments où nous manquons d’air; faut-il que nous ayons le culot de ne pas manquer d’air pour vivre pleinement? Faute de quoi, nous sommes à bout de souffle: de l’air! de l’air! crient les épris de liberté.
À mes enfants auxquels je tente de donner des conseils pour mieux apprendre par cœur leur leçon, je dis d’abord: respirez! Je les entends parfois réciter la fable de La Fontaine: le débit ralentit soudain, le ton baisse et je vois bien qu’ils ne respirent plus, suffoqués à l’idée du trou de mémoire; bientôt les mots manquent en même temps que l’air dans leurs poumons; il croient à un caprice de leur mémoire quand leur esprit s’affole d’être étouffés; c’est alors que je fais le souffleur.
Ainsi chacun de nous, confrontés aux difficultés, aux choses déplaisantes de la vie; nous cessons de respirer, d’ouvrir grands nos poumons à l’air et bientôt la panique gagne notre corps, étouffé, comme sont étouffées nos pensées, notre imagination, notre capacité à affronter les obstacles et que, haletant dans l’urgence, nous espérons encore trouver un moment de repos pour… souffler un peu.