L’exercice de rédiger quelques mots pour l’accueil lors de la cérémonie des obsèques de ma mère, m’a conduit à écrire le texte ci-dessous. Le relisant, je vois qu’il s’apparente à une prière. Cet exercice de louange – et donc d’oubli en partie de nos sentiments temporels – manifeste une sorte de foi dans la nature humaine, en partie à rebours de notre expérience quotidienne. De même au fond, nos prières à Dieu – dans lesquels l’incroyant ou l’athée ou simplement l’agnostique (ou encore Michel Onfray) voit parfois hypocrisie, lâcheté, faiblesse face aux craintes existentielles. Il me semble moi que c’est la moindre des justices à rendre à ceux qui nous ont été proches que de souligner à quel point cet être humain qui vient de disparaître, duquel sans doute nul ne parlera plus d’ici peu (Tout est éphémère, et l’homme qui se souvient, et l’objet de son souvenir – Marc Aurèle), pour la somme de souffrances inévitables, pour l’addition de tout ce qu’il a donné autour de lui, au delà des inimitiés plus éphémères encore que l’existence terrestre, à quel point cet être humain a contribué à être ce que nous sommes tous. C’est ainsi que, par notre capacité rendre meilleure l’image des défunts – alors même que le destin de nos relations nous a échappé à jamais – nous arrivons encore à manifester la vraie nature de notre condition humaine. N’entendez pas ici que j’aie quelque réticence à écrire les mots qui viennent; seulement une affirmation que ces mots sont toujours possibles, quelle que soit l’actualité des relations que nous avons avec nos contemporains.
Amance, le 11 septembre 2010
Gervaise est née le 31 mars 1932, à Amance, de Marie et Émile Pugin. Elle était la dernière de 4 enfants avec Rolande, Anne-Marie, François. Ils habitaient à quelques pas d’ici, en face de l’église où Marie, sa mère, tenait un commerce « Les échos », tandis que Émile, son père, était cheminot à Port d’Atelier et très engagé à titre bénévole dans les sapeurs-pompiers.
Ils déménageraient plus tard sur la place du village, une grande maison blanche, propre et fleurie.
La guerre arrive avec son cortège de souffrances ; la famille fait front et Émile a des responsabilités dans la résistance. La grande joie de la libération est vite ternie par une catastrophe : Rolande, la fille aînée périt dans un accident de voiture. Cette tragédie marqua durement la famille et Gervaise devait en garder un fond d’inquiétude et de gravité qui ne la quitta jamais.
Après ses études, Gervaise devient clerc de notaire dans l’étude du village, avec Maître Bussière. Elle y travaille jusqu’à la fin des années 50, époque à laquelle elle rencontre Louis Quivogne qu’elle épouse bientôt. Elle quitte l’étude pour s’occuper des deux grands enfants de Louis, Jean-Luc et Jean-Jacques, mais aussi pour le seconder dans son entreprise de fabrication de machines agricoles. Ensemble, en 1964, ils ont un nouvel enfant, Laurent.
Ils habitent à Polaincourt, près de l’entreprise puis, plus tard à partir de 1980 et jusqu’à aujourd’hui, Jussey où ils firent construire leur maison.
Gervaise aimait les belles choses ; elle aimait les belles tenues et une certaine élégance discrète et sans ostentation qu’elle a si bien représentée elle-même. Elle aimait avoir une maison bien tenue, une belle table bien dressée pour ses amis avec qui elle chérissait de passer des bons moments ; un bel intérieur fleuri, avec un de ces bouquets de gerberas rouges et jaunes qui lui plaisaient tant ; elle aimait peindre, elle aimait sillonner les routes de la région et visiter les petits villages ; elle aimait les choses soignées et en ordre parce qu’elle était une femme droite, honnête et exigeante avec elle-même.
Gervaise aimait rire, sortir et danser ; les soirées ou les voyages avec Louis et leurs amis étaient pour elle une grande source de joie.
Elle a été pour ses enfants une mère attentive et soucieuse de leur avenir, parfois un peu inquiète, toujours fière de leur réussite.
Elle a été pour ses petits enfants une grand mère attentive, aimante et généreuse.
Elle a été auprès de son mari un soutien constant, non seulement par le soin qu’elle mettait là aussi dans les travaux administratifs qu’elle prenait en charge dans l’entreprise mais aussi et surtout par la confiance et le soutien moral qu’elle lui apporta sans faille tout au long des années.
Elle a gardé dans les derniers mois, pendant cette maladie qui fut pour elle une dure épreuve, sa dignité de toujours, se plaignant à peine et peut-être trop peu des souffrances qu’elle endura ; en un mot, elle a gardé jusqu’à la fin cette élégance qui habillera toujours le souvenir que nous garderons d’elle.