Rimbaud qui dit : « Ma journée est faite, je quitte l’Europe ». Il a été au bout de l’évasion par la poésie qui s’arrête avec lui en même temps que se termine sa jeunesse, à 21 ans. Lui reste l’évasion physique dans des pays exotiques, ce que – dans ma propre jeunesse encore – on appelait l’aventure.
Aventure, aventuriers, mots qui ont quasiment disparu de notre vocabulaire – du moins au sens propre et avec cette puissance d’évocation dont ils étaient chargés à l’époque – en même temps qu’ont rétréci les zones blanches du monde, terres inconnues et inaccessibles. Plus ou presque de territoires vierges tant la civilisation approche de l’occupation totale de notre planète. Ne comptent guère les endroits hostiles et impropres à une installation prolongée : déserts brûlants ou déserts glacés.
Ne restent donc plus que les aventures intérieures ; intérieures sinon à l’esprit mais à la civilisation : d’où ce nouveau sens du mot aventure qui dit le risque que prend l’homme avide d’exploits sportifs, entrepreneuriaux, financiers.
Je vois là que le monde lui aussi a rétréci en n’offrant plus « d’ailleurs » aux imaginations ou aux voyageurs. Le seul « au-delà » de notre monde moderne est donc l’Au-delà et le seul voyage pour y parvenir est la mort : voilà pourquoi quelqu’un a dit que le XXIème siècle serait spirituel ou ne serait pas – et peu importe que ce ne fut pas Malraux – parce que le voyage intérieur à l’esprit devient notre seul moyen d’évasion, mais aussi de nouvelles découvertes.