Lu « La raison du plus faible », de Jean-Marie Pelt, entendu en juin au congrès du CJD à Nantes; l’auteur y décrit notamment les mécanismes de collaboration et de solidarité en œuvre dans la nature, à côté des systèmes de prédation pure; sa démonstration vise à montrer que, même au cœur de la nature, la loi de la jungle n’est pas l’unique référence; mais encore que la solidarité et la collaboration sont essentielles à la viabilité des systèmes écologiques.

J’y ai appris plusieurs choses: ce monde doit tout aux bactéries qui étaient, voici quelques milliards d’années, les seules occupantes de l’océan duquel émergeaient des terres stériles; et aujourd’hui encore, nulle vie n’existerait sans elles; voire, elles constituent l’essentiel de cette vie. Notre propre corps contient 10 fois plus de bactéries que de cellules purement humaines.

Les cyanobactéries capables de photosynthèse et de fabriquer de la matière végétale sont apparues voici 3 milliards d’année; cette photosynthèse combinait le CO2 contenu en quantité dans l’atmosphère avec le milieu salin.

Voilà: les occupants de cette planète avaient mis en œuvre une vaste industrie produisant néanmoins un gaz toxique qui leur était nuisible et qui allait contribuer à modifier l’environnement – au point de changer la couleur du ciel – et tuer une grande partie d’entre elles, sauf celles qui s’enfouirent dans les boues primordiales pour échapper à ce gaz et celles qui mutèrent pour s’adapter à lui.

Ce gaz, c’était l’oxygène, résidu de la photosynthèse; combiné par 3, il devait donner l’ozone dont la célèbre couche autour de notre planète a fini par donner à notre ciel cette couleur bleue que nous affectionnons.

Scénario de film fantastique: les bactéries, habitantes hégémoniques d’une planète, voient leur existence mise en danger par leurs activités industrieuses; quelques milliards d’années plus tard, elles ont enfin mis au point des machines organiques dont, à leur tour, l’activité rétablit l’équilibre et consomme le dangereux oxygène au profit du nécessaire CO2 non sans attaquer la couche d’ozone. Touche ironique du film: les machines organiques, ignorantes des colons qui les habitent, s’appellent eux-mêmes des « êtres » humains et s’autorisent même des débats sur leur propre responsabilité dans les événements.

Le film se termine quand le spectateur (unicellulaire!) découvre que le secret de la réussite de l’opération réside dans des agents bactériens introduits dans le cerveau des machines et provoque ce que ces dernières appellent: l’avidité et la convoitise.