Lisant Marc Aurèle, je relève ce passage, par ailleurs caractéristique de sa pensée:  Courte est la vie de l’homme qui loue et de celui qui est loué, de l’historien et de celui dont on fait l’histoire. De plus, nous ne tenons qu’un coin de cette partie du monde, et même dans ce coin l’accord n’est pas unanime, et plus d’un ne s’accorde pas avec lui-même. D’ailleurs la terre entière n’est qu’un point.

Je repense aux jours de ma jeunesse où, insupportables garnements, nous observions des fourmis, en les isolant dans des terrariums de fortune. Évidemment, nous trouvions plus amusant de faire cohabiter des fourmis d’espèces différentes pour le « spectacle »; et nous regardions les bestioles se disputer et se battre pour un maigre territoire. Autant de petits points noirs et rouges au destin fâcheusement écourté par des enfants.

Que la terre ne soit qu’un point, me renvoie aussitôt à ces fourmis, petits points comme nous tandis que nous, comme ces fourmis, mettons toute notre énergie à nos combats coutumiers, pour des territoires réels ou supposés… Est-ce à dire que tout est vain? Est-ce à dire que rien ne vaut la peine? Est-ce à dire que, de toute façon, notre vie est enserrée dans un destin qui rend toute gesticulation inutile?

Pourtant, nous sommes des fourmis: il faut bien, chaque jour et chaque instant jusqu’à la fin, faire la fourmi.