Je vais donc mettre la main (moi aussi) à la polémique du moment: Thierry Henri, les bleus, Raymond, etc. En posant d’abord le principe même de la pratique du sport qui, comme tant d’autres pratiques mais avec un relief particulier, met en œuvre trois grands moments qui sont: la préparation, l’action, l’évaluation.

Je me prépare: je m’entraîne; j’agis: je fais la compétition; je m’évalue: je tire les conséquences de mon résultat. Mais aussi, sur le terrain, pendant la compétition, au football comme ailleurs: j’examine la situation et décide de mon action; j’agis et exécute mon action; j’évalue et revois en conséquence mes futures actions.

Toutes les expériences montrent assez bien qu’il est nuisible de mélanger ces moments: si je pense au résultat pendant que j’agis, j’agis mal; si je commence l’action pendant la préparation, je prépare mal, si je m’évalue pendant l’action, j’agis mal à nouveau.

Au temps de mes chères études, le général qui dirigeait l’Ecole polytechnique avait d’ailleurs produit un livre intitulé « Réflagir », titre qui signifiait en substance: il faut agir en homme de réflexion et réfléchir en homme d’action. J’ai toujours trouvé que c’était un bon moyen de tout rater; il faut en effet réfléchir en homme de réflexion: posément, comme si on avait l’éternité pour soi; et agir en homme d’action, mépriser un peu la réflexion et se fixer uniquement sur les objectifs que l’on s’est fixé.

Mais je m’égare, revenons au sport: ainsi donc une valse à trois temps qui fonctionne aussi pour la loi et la justice, qu’au sport nous appelons règle du jeu: je réfléchis et établis des lois (des règles); j’agis et laisse faire de même les règlements mis ainsi en place; j’évalue selon l’expérience et revois éventuellement à la lumière de la jurisprudence les lois.

Thierry Henri met la main au ballon. Je veux croire que c’est une erreur involontaire; peut-être pas si involontaire mais non réfléchie assurément, un petit peu de désespoir à l’idée de voir filer une occasion de marquer. Errare humanum est. Que dit la règle à ce moment-là? Que l’arbitre doit intervenir. Soit mais il n’intervient pas. Que l’équipe doit se dénoncer? Mon ignorance du football ne va pas jusque là; d’ailleurs partout où existe une règle, partout on interdit d’être juge et parti. Un joueur n’est pas juge puisqu’il est, justement, de la partie. Ce n’est donc pas à l’équipe de se dénoncer; éventuellement à la partie adverse de protester mais, sans vidéo, comment se déjuger? C’est encore la glorieuse incertitude du sport. C’est surtout le moment de l’action du joueur, le moment de l’action de la règle. Aujourd’hui est le temps de l’évaluation mais pour le futur non pour ce match qui est terminé et… gagné.

La messe est dite pensez-vous: Quivogne absout la fameuse « thierryhenricherie »; pas tout à fait encore. Car je veux parler de toutes ces protestations justement; tous ceux qui crient au scandale, voire à la honte. Pourquoi donc me demandé-je puisqu’assurément, selon la règle, ils ont tort et font la fine bouche devant une victoire de notre équipe nationale. Tout simplement ceci, qui se cache, je veux le croire, derrière le concert de protestations: la règle prévoit, dans sa grande sagesse, que l’erreur est humaine: l’erreur de l’arbitre mais aussi et surtout l’erreur des joueurs; or ces joueurs, précisément, ne sont pas ou plus humains; leur traitement (financier notamment mais aussi médiatique) n’est pas le traitement du commun des mortels, mais celui de héros dans le sens grec de « presque dieux ». Voilà qu’ils voudraient soudain nous faire croire, par opportunisme, qu’ils sont des gens ordinaires; quand ça les arrange.

J’ai donc une meilleure idée que de rejouer le match: ne plus jouer de matchs du tout ou ne plus aller voir les matchs de ces presque-dieux; retrouver le plaisir du sport de l’équipe communale plutôt que celui de l’équipe nationale; brûler ce que nous avons adoré. Et regarder nos enfants mettre la main au ballon et l’arbitre fermer les yeux sans plus avoir à protester.