Au temps de mon insouciance potache, alors que je m’occupais à vendre du vin sur le campus plutôt qu’à me donner tout entier à mes chères études ainsi que s’y attendait ma mère, était placardée au mur du local où j’exerçais mes activités la citation: L’homme étant le seul animal qui boive sans avoir soif, il importe qu’il sache le faire avec discernement – Confucius

Quelque badine (et fausse!) qu’elle fût, cette citation ne m’a jamais quitté. Il me vient soudain l’idée, au sortir d’un déjeuner de travail, de la rapprocher de la Genèse et du fameux épisode de la pomme. Et voilà qu’une piste de compréhension nouvelle s’ouvre à moi: ce que contenait la pomme pouvait bien être, en effet, du discernement et ce qu’elle apporta à l’homme et à la femme qui osèrent y goûter, ce fut d’abord le périlleux enjeu d’avoir à trouver soi-même la joie dans l’existence; non plus simplement en se satisfaisant des bonheurs immédiats prodigués par la nature mais à construire son bonheur: trouver chaque jour dans nos activités le plaisir de vivre.

Avec les difficultés que chacun connaît: les plaisirs d’hier deviennent les contraintes d’aujourd’hui. Car le monde qui est sorti de cette vaste entreprise humaine pèse maintenant de toute son inertie et rend, au moins en apparence, la poursuite du bonheur plus difficile, ne serait-ce que parce qu’il nous faut chaque jour obéir aux contraintes et aux devoirs que nous nous sommes nous-mêmes imposés.

Et pourquoi ai-je pensé à cela, « au sortir d’un déjeuner de travail », ainsi que je le mentionne plus haut? Parce que j’ai éprouvé à cette occasion, une fois de plus, la difficulté d’entraîner des groupes dans des projets aussi motivants, amusants, plaisants qu’ils puissent être; car, tous autant les uns que les autres, nous sommes englués dans le sérieux et l’application: j’ai pas le temps, j’ai des choses à faire, des trucs sérieux, ce serait bien mais je peux pas…

N’oublions-nous pas trop souvent que le pari de l’homme et de la femme (et du serpent?) fut peut-être qu’en toute connaissance de cause, ils sauraient trouver leur joie, leur plaisir au delà de la simple satisfaction de besoins naturels et que, quel que soit le monde auquel ils aboutiraient, ils sauraient renouveler cette quête et maintenir vivante jusqu’à la fin des temps?…

Et puisqu’injustement, j’ai cité Confucius ci-dessous, rendons lui justice avec la belle citation:

La joie est en tout. Il s’agit de savoir l’extraire.