Je déjeune aujourd’hui avec un jeune entrepreneur (24 ans). Je l’interroge sur ses motivations, sur ses envies, sur le pourquoi de son aventure. Il me répond un mot: FUN!

Je me dis après coup que je ne sais pas ce que ce mot signifie? Est-ce que cela signifie: avoir du plaisir ou bien s’amuser; est-ce qu’un métier fun est un métier distrayant? Ou bien une activité de laquelle on tire de la satisfaction? Est-ce que ce jeune homme aurait seulement pu répondre à cette question? J’entends surtout qu’il ne veut pas s’ennuyer; qu’il ne veut pas subir la lourdeur d’un formalisme qui empêche d’être soi-même, qui empêche de créer autant qu’on le voudrait; qu’il ne veut pas subir, tout simplement.

Je ne crois pas à un effet de génération qui fait que ce jeune homme veut autre chose que les gens de mon âge veulent, même si la culture évolue et les comportements avec. Je suggère un mot pour nommer cette chose que nous souhaitons tous quand nous avons tout le reste: l’enchantement.

Et je pense aux enchanteurs et au plus célèbre d’entre eux, Merlin. A cause de lui, de sa représentation dans le film Excalibur, j’associe l’enchantement aux forêts et aux sous-bois. Qui dit sous-bois, dit obscurité; dit aussi danger représenté dans nos peurs d’enfant par le loup tapi au fond des bois; la forêt nous représente l’inconnu, parfois dangereux, parfois merveilleux. La forêt nous raconte la profondeur (rappelez-vous les contes: « Dans une forêt profonde… »), du monde où notre imagination peut trouver à s’ébattre en toute liberté. La tare de notre monde moderne, formalisé, réglementé, civilisé à outrance est peut-être dans cette absence de profondeur. La destruction de la grande forêt amazonienne est peut-être le signe visible de ce processus souterrain et invisible. A force de conquête de l’invisible par la science ou ses avatars plus ou moins sérieux, à force de rationalisation, de séparation du spirituel et du temporel, peut-être avons-nous fini par tomber dans le désenchantement; et ce serait alors être bien superficiel que de s’étonner du désintérêt des jeunes générations pour le monde que nous nous apprêtons à leur léguer (comme le temps passe….)

Fort heureusement, au contraire de la forêt amazonienne, je ne crois pas qu’il soit au pouvoir de qui que ce soit de détruire la profondeur du monde. Il suffit pour la retrouver de pousser la porte de chez soi, de sortir de sa maison, de sortir de la ville, d’aller dans la campagne et d’approcher des sous-bois le soir venu quand les ombres s’allongent…

En ces temps de crise quand l’ombre vient se porter sur l’économie, chacun y verra la métaphore qui lui plaira…