On nous a rabattu avec ce fameux effet papillon: qu’un lépidoptère, tantôt au Japon, tantôt en Afrique, fasse frémir son aile et c’est un cyclone à l’autre bout du monde; bien sûr, ce qui frappe, c’est la disproportion entre la cause et l’effet mais on s’interroge moins sur le registre catastrophique: a-t-on jamais parlé d’un sourire ici qui apporterait la paix aux antipodes?

C’est que le bien et le mal, puisqu’il faut bien qualifier ainsi les deux registres – ou bien le bonheur et le malheur – ne fonctionnent pas de la même façon; d’un côté, c’est le hasard qui est en œuvre: il n’y a pas de véritable cause à effet parce qu’il n’y a pas d’intention et les papillons sont accoutumés à ce que leurs battements d’ailes ne provoquent rien du tout: À un contre des milliards, je donne le papillon innocent de toute catastrophe.

De l’autre, il y a un vrai enchaînement qui est celui de la volonté humaine; nous n’en parlons pourtant jamais parce qu’au fond, le mal est notre vraie référence: c’est ainsi que dans notre quotidien, nos ennemis ou supposés tels nous occupent plus l’esprit que nos amis; le mal est concret, le bien diffus; le malheur est solide, le bonheur est une fumée qui s’évapore au moindre souffle. Le mal nous fait lutter et accomplir des actions héroïques, les bienheureux sont humbles et discrets.

Et pourtant: ce n’est pas rien de penser qu’un sourire ici apporte la paix là-bas…