Je prends le train de banlieue Colombes/Paris; j’ai un ticket mais, quand j’arrive, le signal de fermeture des portes se fait déjà entendre: je saute dans le train avec mon billet non composté. Les stations suivantes, à Asnières et Bécon, je descends sur le quai, cherche un composteur, n’en trouve pas. Je remonte à chaque fois dans le train. Nous sommes déjà à Clichy, je renonce. J’imagine que je peux me faire contrôler, étant donc en situation irrégulière; le contrôleur est donc là devant moi – en imagination – et je tente de lui expliquer la situation; il ne me croit pas et me met une amende; je trouve cela injuste parce que je suis dans l’intention sincère de composter le dédier et de l’utiliser pour ce trajet. Nous arrivons enfin à Paris, sans que j’aie rencontré aucun contrôleur. Mes affaires faites, je reprends le train dans l’autre train: j’ai un billet vierge dans la poche, celui que je n’ai pas utilisé tout à l’heure; je le composte avant de monter dans le train. Au final, j’aurai quand même « grugé » la SNCF sans pourtant avoir jamais eu l’intention de le faire; une sorte de vol par « omission ».
J’en vois certains hausser les épaules: tout ça pour un ticket de train! D’autres peut-être vont se demander comment on peut parler de vertu quand on ne paye pas ses trajets de train! Je vois quant à moi une leçon sur des situations qu’on rencontre dans de nombreuses autres circonstances; en particulier les circonstances de contrats entre personne: association, partenariat, accords pour travailler ensemble, mais aussi succession, affaires familiales… Ce qui va de soi au départ ne le va plus ensuite: on dit oui bien sûr puis on dit non pas du tout quelques années après quand il n’y a plus d’argent ou qu’il y en a trop; on dit qu’on va s’entendre et on ne s’entend plus; souvent parce qu’on a oublié ses promesses ou les conditions de ses promesses ou encore la formulation exacte des promesses de l’autre. Tout ce qui n’est pas écrit, composté, est sujet à caution, à réécriture.
C’est aller un peu vite que d’accuser de malhonnêteté pure tout ceux-là dont nous pensons qu’ils ont trahi leurs engagements; qu’en savons-nous nous-même et nous mémoire est-elle si fidèle? Surtout, se pose la question philosophie profonde de la continuité de l’être et des liens qui unissent un être avec son passé ou son devenir: l’homme qui prend le train est-il le même à l’aller et au retour? Qu’est-ce qui rend redevable un être des promesses qu’il a prises sans accepter dans le même temps de les confier à un écrit et donc de signer les conditions du vieillissement de sa promesse? Qu’est-ce aussi que la mémoire, sinon une photographie organique et donc changeante, forcément divergente d’une personne à l’autre.
C’est ainsi que se manifeste cette belle vertu qu’est la justice et qui rend l’épisode du train si lisible, si évidente: en toute logique – sauf à vouloir resquiller – j’aurais dû composter ou jeter le billet à l’arrivée en le considérant comme utilisé; il m’aurait suffi pour cela de me mettre une seconde à la place de la SNCF ce que, évidemment, on refuse la plupart du temps avec toutes sortes d’arguments fallacieux et parfois sincères. Mais les situations ne sont pas toujours aussi simples; c’est ainsi que la justice a besoin de ses deux balances en miroir, a besoin que chacun se mette à la place de l’autre mais aussi de ce qui soutient le fléau: la colonne centrale ou bien une potence; enfin un élément fixe relié au sol qui soutient la balance. Cette chose fixe et solide et liée au réel, c’est le contrat: point de justice sans contrat, qu’il soit un simple papier signé entre particuliers ou bien une loi votée dans un parlement.
Ainsi: compostez vos tickets de train, compostez vos promesses.
tu parles du non-compostage dans les trains de banlieue … mais aujourd’hui
la SNCF pour prendre en compte les circonstances dans lesquelles tu es monté
dans la train ainsi que ton honneteté à priori sur le moment a mis en place
(sur les grandes lignes, qui sont systématiquement contrôlées) un rattrapage où
tu peux en te présentant spontanément au contrôleur lors de son premier passage
dans le train éviter l’amende et la majoration.
La vertue serait elle du côté de la SNCF qui a trouvé un moment simple,
quotidien, efficace d’allier l’honneteté de ses clients avec la nécessité de
disposer d’un système de contrôle, élément indispensable pour assurer sa
pérénité financière.
Pour élargir le débat, dans la vie chacun ne devrait-il pas inventer des
systèmes – souples non discutables et non éphémères – permettant sans mettre en
cause l’honneteté des gens à priori s’assurer de celles-ci au fil du
temps.
Comme la SNCF, chacun de nous doit faire preuves à tout moment de pragmatisme,
d’inventivité, et surtout ne jamais croire que la mémoire et le vécu des
évènements sont des éléments fiables dans le temps…..
Mon ami Patrice: tu ne dois pas prendre souvent le train de banlieue: pas
l’ombre d’un contrôleur pour soulager les affres du voyageur!
Certes … la pratique de la SNCF n’est pas la même dans les trains de
banlieue et dans les grandes lignes … pour des raisons d’ordre pratique
d’ailleurs !