Que le pire n’est jamais certain, semble hélas assez peu certain; spécialement en ces temps de doute, en ces temps de méfiance… A propos de la crise qui nous occupe, le danger semble écarté, peut-être; mais il s’en est fallu de peu pensent certains; au reste, nous n’en savons rien et peut-être que le pire est encore devant nous; et même si le pire n’est jamais certain, le seul fait qu’il soit probable est déjà suffisant.

Un mien ami prétend quant à lui que le pire n’est jamais décevant; dois-je avouer que la première fois que j’entendis me le dire, je crus à une coquetterie de langage?… Depuis je pense aux étoiles; je pense à la navigation aux étoiles qui est l’image même de la destinée humaine: savoir se retrouver, perdu au milieu des flots. Naviguer aux étoiles repose sur un principe simple qui est de mesurer l’écart par rapport à une position estimée. Cela se fait par la mesure d’une étoile au dessus de l’horizon et en comparant cette hauteur à celle qui devrait être à l’endroit où nous croyons être… Plus notre position estimée est correcte – soit plus la correction que nous apportera le point aux étoiles est minime – plus la mesure est précise; plus notre position estimée est correcte, plus le lieu où une étoile nous dit que nous devons être ressemble à une droite et non, quand nous sommes loin du compte, à une courbe alambiquée: la proximité apporte la simplicité; et, au contraire, l’erreur engendre l’erreur.

Ainsi des projections de toute sorte; en des temps de monotonie, la prévision est simple; en des temps de crise, la prévision complexe voire impossible; or nous appliquons des méthodes de temps de calme: tirer une droite; continuer une courbe; faire des projections continues. C’est que nous n’envisageons pas la rupture, le changement d’état; c’est que nous n’envisageons pas l’inconnu et ce qu’il recèle: nous appréhendons l’avenir selon les méthodes du passé, sans voir ce que cet avenir change à ces méthodes. Mais surtout, surtout, nous ne pouvons ainsi ne serait-ce qu’entrevoir ce que cet avenir disruptif va apporter de nouveau et donc de chances et d’opportunité.

Et peut-être avons-nous finalement raison puisqu’il est vrai que le pire – de notre point de vue – est certain et que notre propre disparition (que peut-il nous arriver de pire?) est programmée; cette certitude pourtant doit-elle teinter de noir toutes nos visions du futur ou, au contraire, nous libérer de leur emprise?