« « Celui qui est enclin à la luxure est compatissant et miséricordieux ; ceux qui sont enclins à la pureté ne le sont pas » Saint Jean Climaque. Pour dénoncer avec une telle netteté, non pas les mensonges, mais l’essence même de la morale chrétienne, et de toute morale, il y fallait un saint, ni plus ni moins. » Cioran – « De l’inconvénient d’être né »
Un instant stupéfait devant cette brève de Cioran, j’ai fini par approuver la parole du Saint, encore indécis sur ce qu’en dit Cioran et que je ne suis pas sûr de comprendre; du moins dont je ne suis pas sûr de saisir l’intention.
Ce que j’aime: l’idée – très chrétienne au demeurant – que la morale et la vertu sont au dessus de nous. Ceux qui croient diront que le bien est inaccessible sans l’aide de Dieu (Ne nous soumets pas à la tentation); j’aime l’idée plus générale que nous ne saurions les maîtriser, la morale et la vertu, le bien et le mal, au point de pouvoir donner des leçons à autrui; que le penchant pour la pureté est, avant tout, céder à la tentation de croire qu’on a pouvoir sur le monde, sur les autres et connaissance de ce qui est bien et mal pour les autres.
Ce que je n’aime pas: les commentaires sur le Net, partout où l’on trouve cette citation, qui presque tous tournent autour de la première impression que donne ce fragment, qui est d’être une critique sévère de la morale chrétienne et de la morale en général. Et donc que Dieu et la religion sont choses ou idées dangereuses. J’entends là que le monde irait mieux sans Dieu, sans religion; j’entends surtout que vouloir nettoyer le monde de Dieu est une autre forme d’aspiration à la « pureté »…