La magie des nombres se manifeste dans les énumérations célèbres; le trois, imprécateur des devises, telle la républicaine devise française ou les innombrables titres d’ouvrage ou de film: le Bon, la brute et le truand; le douze parfait de l’achèvement et l’accomplissement, tel les douze portes de la Jérusalem céleste, cité parfaite qui a donné les douze étoiles de notre drapeau européen, les douze travaux d’Hercule, les deux fois douze heures des courses diurnes et nocturnes du soleil; et enfin le mystérieux sept: sept jours de la création et de la semaine, sept merveilles du monde, sept péchés capitaux, sept vertus, avec les trois théologales (foi, espérance et charité) et les quatre cardinales (force d’âme, prudence, tempérance et justice).
La mémoire immédiate nous permet d’appréhender le monde immédiat et possède une capacité à la fois très limitée et d’une grande souplesse. Les informations y entrent et en sortent avec la même facilité; elle vous permet par exemple, de retenir un numéro de téléphone et de le restituer quelques instants après puis de l’oublier ou de le mémoriser à plus long terme selon votre désir. Elle est un peu le plateau du bureau sur lequel vous travaillez (ou l’établi selon que vous préférerez la méthaphore plus manuelle): l’endroit où l’on pose l’ouvrage du moment, ouvrage qu’on remet à sa place, armoire ou poubelle, selon ce qu’on désire en faire.
Or des études ont montré que cette mémoire ne sait contenir qu’environ sept objets; sept chiffres ou sept mots par exemple. Notre intelligence permettant ensuite, par élaboration, de rendre plus riche la nature de ces objets et de retenir plus d’information: sept nombres ou sept phrases; raison pour laquelle retenir un numéro de téléphone chiffre par chiffre est quasiment impossible rapidement tandis que le retenir par nombre de deux ou trois chiffres est beaucoup plus simple. De sorte qu’il serait malvenu à un orateur de faire passer un enseignement à qui que ce soit en présentant des énumérations d’objets dont le nombre serait supérieur à sept; aucun auditoire ne pourrait alors saisir la globalité du message et l’expérience montre qu’il y a alors une énorme déperdition d’information: on ne retiendra que le premier et le dernier par exemple.
Dès lors, la présentation par sept (maximum) paraît beaucoup plus logique, puisqu’elle a une vertu pédagogique: elle est le maximum qu’on puisse dire dans la limite des capacités humaines; en deça de sept, la connaissance est accessible à l’homme; au delà de sept, elle déborde son entendement. Ainsi, nous comprenons que les énumérations par sept, obéissant à une contrainte « pédagogique » sont, précisément, pédagogiques et visent à prodiguer un enseignement. Comment le monde s’est créé, comme le temps est découpé. Ce qu’est la beauté à travers ses manifestations dans le monde antique. Les vices que l’homme se doit de combattre; les vertus qu’il doit cultiver.
Le découpage du sept en trois et quatre, comme les sept vertus où se distinguent les trois théologales et les quatre cardinales, pourraient bien à voir avec une autre limite de l’esprit humain. A l’instar des corbeaux, et avant de savoir compter (ceci ne concerne donc que les enfants et les peuplades ignorant le calcul), nous ne saurions reconnaître que les nombres jusqu’à quatre; au delà, l’homme ignorant du calcul ne distinguerait pas le cinq du six par exemple puisque, pour ce faire, il serait nécessaire d’effectuer les opérations simples telles 4+2 ou 3+3. Ainsi donc, même à l’ignorant, les sept vertus se présentent d’une façon intelligible (trois plus quatre) et mémorisable (sept en tout).
Quant à dire que ces explications épuisent la magie que le sept a depuis longtemps inspiré aux hommes, c’est une autre histoire…