Lu les « Rois maudits » ; où l’on apprend les désordres au sein des noblesses de France et d’Angleterre pour des luttes de pouvoir, pour gagner ou conserver son fief. Ce qui m’a le plus frappé néanmoins dans le récit de cette époque, à supposer que l’auteur Maurice Druon ait su et pu être fidèle à ce XIVème siècle, est cette proximité avec la mort que nous n’avons plus. Proximité avec la mort des cadavres ; proximité avec la mort des exécutions, des maladies ; proximité même avec l’idée de la mort : quand le commun meurt à 50 ans, combien de fois l’angoisse a-t-elle étreint celui qui atteint un âge plus respectable. Nous ne savons plus tout cela : qui songerait à s’en plaindre ?

Retour d’une promenade dominicale; je lis un slogan tracé à la peinture sur une passerelle qui traverse l’autoroute : « Emplois vieux : la honte » ; je ne sais d’où cela vient ; je ne sais qui a pu l’écrire et pourquoi ; quelle loi ou projet de loi a provoqué l’ire du rédacteur ; encore moins qui peut bien avoir raison ou tort. Je me contente d’imaginer : « Emplois vieux », des emplois tout exprès pour les plus âgés, qui ne soient pas à la retraite (Ironie d’être vieux à moins de trois quarts de son espérance de vie !) « La honte » parce que c’est discrimination.

J’entends ainsi que c’est mauvais esprit de distinguer les jeunes des vieux ; de dire même que les vieux sont vieux ; vieux est une insulte. Alors quoi ? Personne ne vieillit, tout le monde reste jeune jusqu’au bout et les uns et les autres sont égaux et ne doivent pas être distingués y compris dans le monde du travail. Qu’il suffise de connaître un peu mon métier, dans le monde de l’informatique, où un programmeur de plus de 40 ans n’a quasiment aucune chance de trouver du travail… parce qu’il est vieux. Il ne peut plus trouver de travail mais ce serait la honte d’en créer un pour lui, forcément moins rémunéré, forcément protégé, forcément infamant.

C’est la vieillesse qui est infamante ou qui parait l’être à notre société qui ne veut plus vieillir ; y compris à ce peintre de slogans sur les passerelles d’autoroutes ; on lui pardonnera car il est surement très jeune pour faire ainsi l’acrobate, d’être à ce point ignorant d’une vieillesse qu’il ne connaît point. Il en irait autrement pour lui s’il était né voici 700 ans ; par connaissance familière d’abord avec la mort et la vieillesse ; et ensuite parce qu’à proportion de l’espérance de vie, tout jeune qu’il soit : il aurait été déjà vieux.