Un dimanche matin, à l’heure de l’office, nous étions Jules, 8 ans, mon fils et moi assis sur une place ensoleillée: comment est venu le premier homme, me demanda-t-il de but en blanc?
J’hésitai à choisir entre Adam et Darwin; raconter la création ainsi que m’y invitait l’église toute proche, ou la version scientifique de l’évolution. Puis je n’hésitai plus et racontai les deux: l’une et l’autre; à laquelle crois-tu me demanda Jules? Aux deux répondis-je, puisque chacune a quelque chose à nous apprendre. Je ne cache pas que je redoutai les questions sur la cohérence entre ces deux histoires; il n’y en eut point. Jules, fin grimpeur capable d’atteindre le sommet du poteau au milieu de notre maison, s’accommodait parfaitement de devoir quelque chose à nos ancêtres les singes. Et le récit d’Adam et Ève a pour lui la saveur des histoires qu’on raconte le soir avant de dormir.
Ainsi pour nous: pourquoi vouloir que ce soit l’une ou l’autre exclusivement qui porte la vérité? Jouer une histoire contre l’autre est comme empêcher deux amis de se serrer la main puisque chacune raconte le monde selon un de ses pôles. Le bas et le haut; l’histoire construite par les hommes, l’histoire descendue des cieux; la pesanteur et la grâce; le matériel et le spirituel, quels que soient les habits dont nous les revêtons et quelque soit le nom par lequel nous nommons nos croyances.
Ainsi Louis de Brooglie à qui l’on demandait s’il croyait à la nature ondulatoire de la lumière ou à sa nature corpusculaire. Le grand savant de répondre qu’il croyait à l’une les lundis, mercredis, vendredis et à l’autre les mardis, jeudis et samedis; et le dimanche, l’interrogea le journaliste? Le dimanche, je vais à l’office!