Un livre sur le golf, intitulé en français « Jouer au golf sans viser la perfection », débat largement sur les difficultés dans ce sport exigeant où la volonté de bien faire est à la fois le moteur et le frein du jeu; où le pire ennemi du joueur est précisément l’envie de « bien faire ».
C’est dire que dans ce jeu, la volonté peut tourner à l’empêchement. On dira plus vulgairement qu’il faut vouloir « sans se mettre la pression », ce que dit la raison commune à propos de tout ce qui requiert un peu d’attention et de talent mais qui est peut-être plus visible ici, dans cette discipline qui met en scène un geste qui doit être à la fois précis et délié, où le joueur doit être à la fois concentré et détendu.
Le golf n’a pas l’exclusivité de ce difficile équilibre, sa vertu est de le rendre manifeste. Le souci de perfection d’une façon générale, pousse et repousse, motive et empêche. Pensée qui est résumée dans le proverbe: « la perfection n’est pas de ce monde ».
Notre raison sait tout cela; notre raison sait que les produits de notre activité ne peuvent être parfaits; notre raison sait qu’il nous faut donc séparer le grand rêve et l’ambition pratique, quoique l’un et l’autre soient également nécessaire pour mener un projet à bien, quelle que soit la nature de ce projet, personnel ou professionnel, corporel ou spirituel… Notre raison sait qu’il y a un temps pour rêver et un temps pour faire. Pourtant, combien d’entre nous savent échapper à « la pression »?
« La perfection n’est pas de ce monde », est une piste intéressante sur le sujet. J’entends pour ma part dans cette phrase une variation sur le thème: « Rendez à César ce qui appartient à césar, et à Dieu ce qui appartient à Dieu. » Autrement dit, la perfection ne nous appartient pas ou bien plutôt: nous ne sommes pas redevables de cette perfection et l’exigence de perfection ne peut nous être imposée. Le Parfait, c’est le Créateur; nous sommes la créature.
Je veux montrer par là qu’il y a une vertu particulière à la foi en Dieu, celle d’éloigner de nous le désir de perfection sans y renoncer; ainsi, ce n’est plus la même partie de l’âme qui tend vers cette perfection et s’attelle à la tâche. la perfection, si elle vient, viendra par surcroît et non par volonté mais par prière; et la recherche de la perfection ne se fait ainsi plus par conquête, volonté et machoires serrées, mais par obéissance: obéissance aux commandements selon la religion mais aussi, et peut-être surtout dans notre pratique quotidienne et pour tous ceux qui n’ont pas la foi chevillée au corps: obéissance aux lois de notre métier, aux règles, aux savoir-faire.