Henri Gougaud raconte l’un des plus jolis contes que je connaisse et que je rapporte ici avec mes mots, le conte des empreintes.

C’est l’histoire d’un homme qui marche, qui marche dans le désert et qui, marchant ainsi dans le désert, laisse une longue suite d’empreintes. Il marche ainsi toute sa vie et, au soir de celle-ci, il arrive enfin au bout du désert, là où le désert rencontre la mer, il arrive au bord du rivage. Déjà il a les pieds dans l’eau et, à cet instant, il se retourne pour contempler la longue suite d’empreintes qu’il a laissées dans le sable. Et voilà qu’à sa grande surprise, il s’aperçoit qu’il n’y a pas une trace mais deux traces côte à côte, comme si deux hommes étaient allés ensemble, comme si sa vie n’avait été la grande solitude qu’il avait vécue et qu’un compagnon de tous les instants l’ait accompagné sa vie durant. A peine l’homme se fut-il étonné et eut-il formulé en lui-même toutes les questions que peut appeler une telle découverte, qu’il fut enveloppé d’une voix chaude et profonde et douce qui lui dit : « C’est moi, ton Dieu, ton seigneur et maître, qui ai cheminé à tes côtés tout au long de ta vie, sans que tu t’en aperçoives ». Et voilà que, nouvelle découverte, l’homme voit alors les plus noirs épisodes de sa vie, là où le pas est pesant, là où la solitude fut plus dure que jamais et la vie plus injuste, là où, constate-t-il à ce moment-là, il n’y a qu’une seule trace de pas, comme si Dieu l’avait abandonné aux moments où il avait le plus besoin de lui. Déjà le ressentiment vient brouiller son esprit, déjà la colère le gagne. Mais avant qu’un blasphème vienne souiller ses lèvres, la voix reprend : « Durant toutes ces difficultés que tu as rencontrées, où tu t’es cru seul, où tu crois aujourd’hui que je t’ai laissé seul, alors que le poids de la nécessité venait faire ployer tes épaules et que tes jambes pouvaient à peine te porter, durant tout ce temps, la trace unique que tu vois était la mienne : je te portais dans mes bras ».

Ce que j’entends d’abord dans cette belle histoire, c’est à la fois l’absence et la présence de Dieu et la question de savoir si, à supposer que nous recevions un signe, nous serions capables de l’entendre : comment se dire croyant ou incroyant si nous ne savons recueillir la preuve et le témoignage ?