En ces moments où l’écologie et, finalement, l’avenir du monde est plus que jamais à la une de l’actualité, c’est une vision du monde qui prévaut dans les esprits, dont l’image pourrait être: la bougie qui s’éteint; un monde qui s’use, d’autant plus vite que l’humanité impose sa marque sur la planète avec ses mauvaises manières, une humanité envahissante et négligente.
Loin de moi l’idée de récuser les préoccupations à l’origine de tant de mouvements, tant de débats, tant d’événements. Il n’empêche que la planète est considérée comme une chose dont il faut retarder la fin et, en filigrane, nous devinons le rêve d’un jardin d’Eden bêtement perdu par notre inconséquence. Dès lors, toute l’histoire humaine se résume à une chute que nous ne pouvons pas éviter mais seulement ralentir, une histoire négative, une déchéance programmée.
Naturellement, cette attitude dépasse de très loin le domaine de l’écologie où elle est si manifeste. Elle est en réalité la pensée dominante et il est quasiment acquis que notre société, notre civilisation sont déclinantes et courent à leur perte. Pensée de vieilles personne qui nous est familière et la première fois où nous disons ou pensons: « c’était mieux avant », est le premier signe que notre jeunesse s’en va. Pensée qui s’appuie sur une évidence – tout est mortel, nous les premiers, mais aussi tout ce qui nous entoure – mais qui tire le fil de cette évidence au delà de toute logique.
Les scénarios de fin du monde, hors ceux d’un suicide de l’humanité tel une guerre thermonucléaire, placent celles-ci à des millénaires et des millénaires d’ici; dans ces scénarios, toutes proportions gardées, l’humanité a tout au plus l’âge d’un bambin de quelques mois. Imagine-t-on enfant en crèche s’inquiéter sur sa future ostéoporose? sur sa possible sénilité? Cela est pensée de grand-pères et de grand-mères qui craignent de perdre leurs petits-enfants soit par leur propre disparition soit pas quelque accident irréparable et tragique. Car voilà: non seulement le temps n’a pas cette nature linéaire qui donnerait le futur à partir du passé par une simple opération arithmétique mais de plus, nous projetons tous sur le monde, notre propre et hélas irrémédiable dégénérescence.
Faute de penser notre mort et de l’accepter, elle se montre à nos yeux partout dans le monde qui nous entoure, jusqu’à la planète elle-même que nous ne voyons pas nous survivre longtemps. Non point pour des raisons véritablement objectives mais parce qu’au moins, ainsi, nous ne perdrons pas grand chose en mourant.
Contre cela et cet effet de la pesanteur des années qui passent, la source de jouvence n’est-elle pas de croire toujours et malgré les augures forcément funestes, en des lendemains toujours meilleurs et que le monde, jour après jour, va s’améliorant mieux encore que nous ne le pensons…