J’aime beaucoup cette allusion à la grâce dans le commentaire de mon ami Didier, qui ramène la grâce à l’esthétique et qui, citant Clément Rosset (qu’il me reste à découvrir), parle de « la joie, une sorte de révélation, dans l’acceptation sans réserve de la réalité… »
Quel que soit le visage qu’on lui donne, la grâce reste la même et les mots pour en parler se ressemblent étrangement; c’est une autre sorte de constellation de pensée que ces expériences vues par chacun de manière différente et qui pourtant peuvent être saisies dans les mêmes mots, dans un même mot, la grâce.
L’un à un spectacle de danse, saisi par la grâce du ballet, qui pleure tandis que son voisin s’ennuie; Un autre devant un paysage, écoutant le vent qui souffle dans les branches, sensible à cette chanson tandis que son compagnon s’ennuie dans ce décor qu’il trouve sans intérêt. Un autre enfin, qui voit un calvaire au détour d’un chemin, en a le coeur saisi tandis que la plupart passent, indifférents.
Il s’agit presque de la même histoire, à laquelle chacun paraît si peu participer de façon volontaire, emmené en se laissant emmener, soulevé par la grâce à laquelle il suffit de prêter un corps et un esprit légers.
Sans doute est-ce notre pesanteur en effet, qui empêche la grâce de nous saisir; « Tous les mouvements naturels de l’âme sont régis pas des lois analogues à celle de la pesanteur matérielle. La grâce seule fait exception. » (**) La grâce, c’est l’envol, contre l’évidence. Une émotion devant une chose inerte. Une croyance impossible. Un émerveillement devant une chose quotidienne.
Et la question qui me hante: la foi est-elle vraiment plus surnaturelle que la beauté?
(**) Simone Weil, bien entendu!