L’argent achète tout, lit-on ou entend-on régulièrement. Ce qui fait des hommes d’argent des créatures omnipotentes particulièrement inquiétantes; d’autres formulations expriment la même chose: tout a un prix par exemple; en langage financier, on dirait que tout est liquide, c’est-à-dire négociable sur le marché.
Les financiers eux-mêmes savent justement que tout n’est pas « liquide »; même des choses réputées échangeables et monnayables. Il y a des choses « invendables », tout simplement parce qu’elles n’intéressent personne. Mais ceci n’apaise pas l’inquiétude qui est que, si l’homme d’argent veut, il peut avoir ce qu’il veut (et, bien entendu, il veut tout).
On concède que l’amour échappe à la règle mais non le simulacre de l’amour, à se demander d’ailleurs si ces hommes-là ne s’en satisfont pas. C’est faire des hommes d’argent des créatures très différentes du commun, à croire que l’argent leur a brulé les yeux; la croyance populaire n’est pas si loin de cela, qui dit que l’argent, comme le pouvoir, corrompt. Comprenez, transforme des êtres humains sensibles en machines glaciales.
La croyance populaire n’est pas à négliger; je dirais plutôt: tous les hommes d’argent ne sont pas à la hauteur des fortunes qu’ils dirigent. Plus grande la fortune, plus grande la responsabilité. Ce serait naïveté de croire qu’il n’y a pas de défaillance…
Mais le coeur du sujet ici, c’est la peur que l’homme d’argent nous dépouille, si l’envie lui en prend, de notre bien précieux, notamment du bien public, par l’argent et la corruption. Cela, il peut ou veut le faire si la chose l’intéresse (quelle qu’en soit la raison) à un prix qui l’intéresse (et qui dépend de ses raisons). Plus le bien intéresse de gens, plus il est « liquide » (et plus les prix monteront). A contrario donc, pour protéger une chose de la rapacité ou prétendue telle, il faut rendre la rendre « solide »…
Qu’est-ce donc qui est solide? Est solide ce qui est invendable et qui n’intéresse personne, sauf peut-être celui ou celle qui la possède. Pour moi le bien le plus solide (je pèse mes mots), c’est le regard de mon aimée qui me dit qu’elle m’aime le matin au réveil; certes il pourrait advenir que j’en sois privé, par la faute d’autrui, la mienne, ou encore que ma femme me quitte; mais jamais quelqu’un d’autre ne pourra acheter ni même profiter de ce regard-là, parce qu’il m’est spécialement destiné. Ce regard est fait des yeux de mon aimée, de ses sentiments envers moi mais aussi du reflet de mon visage et de mon propres sentiments. Cette chose est solide, invendable, incessible parce qu’elle est tout entière tissée de ce que nous sommes l’un et l’autre. Et essayez de revendre un costume taillé sur mesure!
Est solide, ce qui n’est pas standard, n’est pas normé mais, au contraire, tout entier fait pour une personne. Or donc, si vous ne voulez pas que quiconque puisse voler ou acheter votre vie, batissez-la sur du solide.
Le problème n’est pas de savoir si tout est liquide ou non: juridiquement,
"liquide" veut dire "qui est estimée (éventuellement en argent)".
Dès lors, invendables ou pas, il y a des choses qui ont une valeur "liquide",
intrinsèque, alors qu’elles n’ont pas de valeur "marchande".
Pourquoi précisè-je ce point? Et bien, pour moi, il ne s’agit pas d’opposer
"liquide" à "solide".
Si je considère la définition du billet, "liquide" s’entend comme "négociable".
Dès lors, la définition de "solide" sera pour moi "unique", au sens
"singulier", comme unique et absolu, unique et constant, unique et
incomparable, unique et inimitable, unique et irremplaçable, unique et
merveilleux.
@l’aut…
Au fond, nous ne sommes pas si loin…
Est liquide… ce qui peut être liquidé, ce qui n’est pas le cas d’une chose
invendable. Le dictionnaire dit: qui a une quotité déterminée et certaine,
c’est le prix de marché. Celui-ci est d’autant mieux établi que le marché
potentiel est vaste et les opérateurs, comme on dit en finance, nombreux. Dès
lors en effet, le liquide a quelque chose à voir avec le multiple, sont
d’ailleurs souvent les plus liquides les choses reproduites en quantité: les
billets de banque, les produits manufacturés en grand nombre, les actions de
grandes sociétés, bref toutes sortes de myriades loin de… l’unique du
solide.