Dialoguer suppose une opposition: pas de dialogue si tout le monde est d’accord. Cela suppose plus encore des accords préalables qui sont les pré-requis du dialogue: reconnaissance mutuelle, autorité, crédibilité des interlocuteurs, tout ce qui rend possible le dialogue et donne à chacun quelque confiance sur les engagements qui pourraient être pris.

Ainsi d’ailleurs tout échange, commercial par exemple, de biens ou de services : les enjeux sont toujours à la surface des choses, à moins qu’il n’y ait duperie. Le service rendu est plus ou moins bon ; son prix plus ou moins élevé mais, même lorsque l’on crie à l’escroquerie, les fondamentaux ne sont pas remis en cause : on a payé (trop cher) un service (mal) rendu.

Service gratuit, service pourri dit l’adage ; en ces temps de gratuité, on oublie en effet que le service gratuit est une sorte d’oxymoron : à service gratuit, pas de contrepartie, pas d’échange et, bien souvent, pas ou peu de service… Le service gratuit est au service ce que le monologue pourrait être au dialogue ; pourtant certaine idéologie ambiante semble militer pour les services gratuits ; c’est oublier que ces services ne sont en réalité pas gratuits mais bel et bien payés ; on dit alors « financés », quand les processus d’échange sont confus. Le payeur n’est en tout cas pas celui à qui le service est supposé bénéficier ; impossible pour celui-ci de faire valoir ses droits : sorte de dialogue où il est condamné à se taire, drôle de dialogue. Envisagerait-on dans un dialogue de se faire représenter par qui ne partage pas nos intérêts, voire partage les intérêts de la partie adverse ? Envisagerait-on de laisser dialoguer à notre place quelqu’un que nous ne mandatons pas comme tel et dont nous ne nous assurons pas la loyauté par un contrat, avec contrepartie ?

Le silence est d’or, la parole est d’argent… Sagesse rare qui rend compte mieux que de simples maximes mortes des réalités du dialogue et que le droit de parler, comme le droit de se taire valent plus que des mots.