La démocratie n’est pas un système politique; elle habite un certain nombre d’entre eux sur la planète, avec des formes différentes, tant dans le fonctionnement des instances représentatives que dans leur nomination. La diversité de ses avatars indique ainsi assez bien que « système politique » est une définition trop imprécise qui ne rend pas compte de ce qu’est, par essence, la démocratie. Voilà: partout dans le monde, depuis les premiers temps, la démocratie ne s’est imposée qu’assez tard dans l’histoire des peuples, succédant à des régimes basés sur l’autorité d’une minorité. ces régimes autoritaires n’ont pas fait que le malheur des peuples; voire, ils ont sans aucun doute contribué à la stabilité et à la paix dans des régions du monde, soit en des temps où les esprits n’étaient pas prêts à accueillir une démocratie, soit parce que les conflits latents en empêchaient l’avènement.
Or, qui dit régime autoritaire, dit accession au pouvoir verrouillé; le plus classiquement, par les rejetons du souverain. Le talent n’étant guère génétique, tôt ou tard – les années ne comptant guère dans les empires – les dictatures les plus éclairées sombrent dans l’obscurité et les abus de pouvoir. Ces abus ont mis les peuples sur le chemin de la démocratie, chemin long, sanglant souvent, dans un mouvement difficile à arrêter ensuite. Qu’importe ici l’histoire des révolutions: la démocratie est née du refus de retourner en arrière, mettant tout en oeuvre pour empêcher la confiscation durable du pouvoir par un groupe limité de personnes.
La démocratie n’est donc pas un système politique, elle est une contrainte s’imposant à tout système politique fonctionnant en son sein, de la manière la plus simple qui soit: la majorité; rien ne peut durablement être fait sans le consentement de la majorité des personnes concernées. De là, nous pouvons tirer le fil des conséquences.
Osons une métaphore: disons que les institutions et le pouvoir sont des machines et l’électricité qui les meut; protéger les personnes implique de mettre ces machines à la terre. Or voilà, le peuple, c’est la terre et l’élection au suffrage universel (directement comme en France ou indirectement par des grands électeurs ailleurs), c’est le fil de masse. Protéger le citoyen, c’est éviter qu’il soit au pouvoir de qui que ce soit, groupe limité ou individu, de couper ce fil. Sauf un groupe d’autres élus, le parlement; mais non tout autre groupe, comme, par exemple, la justice. Ainsi l’immunité du président de la République
La démocratie est un système de sécurité, une sorte d’assurance anti-dictature; elle ne se comprend pleinement, comme toute assurance ou tout système de sécurité, qu’en imaginant le pire. Après quoi, tout reste à faire et à inventer.